Analyses et humeurs sur le jeu de société

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Web et jeu de société

Un site Internet pour un jeu de société ? Bonnes pratiques

À mes heures perdues, quand je n’écume pas le hashtag #j2s sur Twitter ou les forums de Ludovox, je travaille pour gagner ma pitance (la vie est ainsi faite). En tant que chef de projet web en freelance, j’accompagne des entreprises dans la conception et la réalisation du site Web qui leur convient.

Du coup, déformation professionnelle oblige, je ne peux m’empêcher d’évaluer et de pointer du doigt les petits manquements des sites Internet ayant trait à notre passion commune pour le jeu de société. Aujourd’hui, je vous propose donc un tour d’horizon des publics et des contenus attendus sur un site efficace dédié à un jeu de société (on met de côté pour le moment les sites d’éditeurs) illustrés par quelques exemples actuels (la liste de ces exemples est placée en bas de cet article).

Quelques exemples de sites Internet dédiés à la présentation d’un jeu de société (Abyss, Black Fleet, Zombie 15′, Andor, Zombicide)

Les publics et leurs motivations

Faisons les choses dans l’ordre et intéressons-nous tout d’abord à ce qui amène un internaute (cet animal rare) à consulter un site Internet. Après des années de tests en laboratoire, j’ai pu identifié les espèces suivantes :

Au premier rang des publics, on trouve bien évidemment le joueur lui-même mais avec des motivations différentes selon les périodes :

Le joueur « curieux »

En amont de la sortie du jeu ou de sa prise en main pour le joueur, la motivation est celle de la découverte animée par la curiosité.

Le joueur « en jeu »

En amont d’une partie ou même pendant celle-ci, la motivation est plus directement l’accompagnement du jeu, sa préparation et sa compréhension.

Le joueur « reviens-y »

En aval d’une partie (en attendant la suivante), la motivation est plus à chercher du côté de la prolongation du plaisir ludique : la recherche de contenus supplémentaires et le partage avec les autres joueurs.

Le journaliste / le blogueur

Au deuxième rang des publics, je rangerais les journalistes et autres blogueurs qui souhaitent parler du jeu.

La boutique / L’association

Au troisième rang des publics, on peut aussi penser aux associations ludiques et boutiques de vente qui veulent promouvoir le jeu.

On peut bien évidemment trouver beaucoup d’autres publics intéressés : les professionnels (éditeurs, distributeurs), le large « grand public » (votre grande tante à l’approche de Noël, un curieux après un passage télé) mais ces publics ne se tourneront pas spontanément vers le site Internet dédié au jeu.

Les contenus attendus

Maintenant que nous avons cerné les motivations des publics, il faut creuser sous celles-ci pour découvrir les contenus et services attendus. À partir des contenus trouvés sur les sites cités dans cet article, on distingue :

Le joueur « curieux »

Le site doit attiser son intérêt et sa curiosité

Contenus à lui proposer : inscription e-mail pour être averti dès la sortie du jeu, présentation rapide du jeu et de ses caractéristiques (les classiques : durée de partie, nombre et âge des joueurs, etc.), bande-annonce vidéo, making-of et journal des auteurs, biographies des mêmes, agenda des événements ou le jeu est présenté, annonce des dates de sortie et des lieux de vente (boutique et sites), liens vers le Twitter et le Facebook de l’éditeur, annonces sur le jeu

Le joueur « en jeu »

Le site doit accompagner le joueur dans sa pratique du jeu.

Contenus à lui proposer : règles du jeu (PDF et vidéo), aides de jeu et FAQ

Le joueur « reviens-y »

Le site doit abreuver le joueur de nouveaux éléments à digérer et l’inviter à partager son expérience du jeu.

Contenus à lui proposer : inscription e-mail à une newsletter, actualités du jeu (extensions, événements, prix reçus, concours), making-of et journal des auteurs, aides de jeu avancées (guide stratégique), contenus supplémentaires à télécharger (cartes, scénarios, etc.), goodies à télécharger (fonds d’écran), liens vers le Twitter et le Facebook de l’éditeur, forum (si capacité de modération), modèles 3D des pièces.

Le journaliste / le blogueur

Le site doit faciliter leur communication autour du jeu.

Contenus à proposer : dossier de presse, kit de visuels à télécharger, coordonnées d’un contact pour la presse

La boutique / L’association

Le site doit faciliter leur promotion du jeu.

Contenus à proposer : posters à télécharger, commande de goodies exclusifs, coordonnées d’un contact pour obtenir des publicités sur le lieu de vente ou un partenariat de promotion

Bien sûr, cette longue liste d’options doit s’adapter aux spécificités de chaque jeu, de son calendrier et des capacités de son éditeur. Dans l’idéal, ces choix de contenus sont à corroborer par des statistiques de fréquentation et des tests utilisateurs.

Le design et l’ergonomie

Côté design, on s’attend naturellement à retrouver le thème du jeu sur le site Internet. En dehors de la simple reprise des illustrations du jeu, l’ambiance doit être retranscrite par les choix graphiques (palette de couleurs, polices de caractères, iconographie, etc.).

En ergonomie, comme pour n’importe quel site, il faut savoir rester simple et dans le respect des standards. Les sites en une principale longue page et des pages annexes se prêtent bien à l’exercice de présentation d’un jeu et c’est le schéma adopté par le site d’Abyss et les sites des Space Cow-boys (l’équipe de production Flat Prod qui officie derrière le portail TricTrac semblant avoir officié sur l’ensemble de ces sites).

Un peu moins immersif mais sans doute plus simple à naviguer, il est aussi possible de composer son site sur une structure plus classique (actualités sur la première page et menu de navigation vers les contenus complémentaires). C’est le choix fait par Iello pour Zombie 15′ et Andor ou par Guillotine Game pour Zombicide.

Sites à la structure plus classique (Zombie 15′, Zombicide)

Pour revenir aux Space Cow-boys, le travail effectué sur leur site Internet est à saluer. Il parvient en effet à créer une structure commune en dédiant un thème spécifique à chaque jeu. Chaque jeu bénéficie ainsi de la notoriété de l’éditeur et la découverte des autres jeux de la gamme est facilitée. Ce principe rendu possible par le fait que cet éditeur ne publie que quelques titres par an et soigne, pour chacun, sa communication.

Quand le site de l’éditeur ne le permet pas, un site dédié sur une adresse distincte est obligatoire (comme a fait Bombyx pour la communication autour d’Abyss ou Iello pour Zombie 15′ ou Andor).

Aujourd’hui il n’est plus possible de faire l’impasse sur un affichage adapté du site sur les smartphones et sur les tablettes. D’autant plus que certaines motivations identifiées plus haut se prêtent tout particulièrement à un usage nomade (consultation de la FAQ sur un téléphone pendant la partie, recherche du numéro de stand de l’éditeur durant un salon, etc.). Les sites des Space Cowboys ou le site de Zombie 15′ ont su mettre en œuvre ce principe.

Le mode d’affichage du mini-site de Black Fleet s’adapte sur mobile.

Le référencement dans les moteurs de recherche

Avoir un site Internet est nécessaire mais pas suffisant, encore faut-il que les internautes intéressés y atterrissent. Pour cela, il n’y pas 36 solutions, il faut soigner son référencement dans Google. Et… ce n’est pas gagné.

La concurrence est rude pour « Abyss » sur Google : le mini-site dédié n’apparaît pas sur la première page de résultats

Le problème est que pour apparaître en bonne position de Google, il faut un nom peu concurrencé (pas de chance, « Abyss« , « Witness » et « Elysium » sont des noms de films, « Deus » un groupe de rock, etc.) et une notoriété installée sur Internet (des liens pérennes depuis d’autres sites). Or, comment obtenir une telle réputation quand on vient d’annoncer son jeu et que des portails ludiques comme TricTrac ou BoardGameGeek prennent déjà toute la place ? Faites le test sur les requêtes sur « Lonny Quest » ou « Colt Express » pour voir que les éditeurs n’ont pas la main sur le contenu vu en priorité par les internautes.

Une solution ? Pas vraiment sinon communiquer tôt sur l’adresse du site, privilégier un mini-site à une simple page perdue sur le site de l’éditeur, faire des liens depuis ses autres sites, et, le cas échéant, compléter par un achat de liens sponsorisés aux moments les plus opportuns (lancement, mise à la vente, obtention d’un prix).

Ensuite, seul un contenu exclusif et de qualité amènera les autres sites à le relayer et à améliorer le rang dans Google.

Les budgets et les moyens humains

Certains sites d’éditeurs ont bénéficié d’une refonte récente et se sont mis à la page (Ystari, Ludonaute). D’autres (je ne citerai de noms) mériteraient clairement un ravalement de façade mais pas facile de trouver le budget et le temps à y consacrer. Il ne suffit pas, en effet, de trouver l’agence qui va bien. Seule une participation réelle de l’équipe à la conception et à la réalisation du site et de ses contenus garantit un site efficace et vivant sur le long terme.

Pour un site dédié moderne à un jeu, essentiellement statique avec un flux d’actualités mis à jour, il faut sans doute compter autour de 8.000 € (et une participation des équipes sur au moins deux mois). Cela reste vraisemblablement une somme difficile à débourser dans le monde du jeu de société. Pour un site d’éditeur plus transverse, au minimum le double.

Faut-il vraiment un site Internet dédié pour un jeu de société ?

Dans cet article, je me suis concentré sur les sites Internet dédiés à un jeu de société plutôt qu’à une gamme ou à l’ensemble du catalogue d’un éditeur. Dans la réalité, beaucoup d’éditeurs se contentent à juste titre d’un site global et d’une présence sur les réseaux sociaux pour communiquer autour de leurs jeux phares.

Mais parfois, quand l’attente générée par le jeu et l’envie du public d’en percer les arcanes se font plus forts, un site ou mini-site Internet dédié devient un lieu privilégié d’amorce et de fidélisation. « Perdu » au sein du catalogue de l’éditeur, un jeu ne peut pas efficacement mettre en scène son univers et étaler ses contenus. Le joueur séduit en reste sur sa faim.

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La page du jeu Colt Express sur le site de l'éditeur Ludonaute

La page du jeu Colt Express sur le site de l’éditeur Ludonaute

Dixit, Minivilles, 7 Wonders, 5 Tribes, Colt Express ou Witness, aujourd’hui uniquement présentés par le bais du site de leur éditeur ont sans doute beaucoup à dire sur eux-mêmes pour le plaisir des joueurs. Les jeux financés sur Kickstarter (Conan bien sûr), gagneraient aussi à entretenir leur communication après la campagne en amont de leur mise en vente.

Comme chacun le sait, Internet est devenu un lieu incontournable de communication et le premier réflexe des futurs acheteurs. Sans nul doute, les éditeurs auront de plus en plus à cœur de créer des dispositifs en ligne séduisants et complets pour leurs jeux phares. Pour le plus grand bonheur des passionnés que nous sommes !

 

Les (mini)-sites de jeux cités dans l’article :

D’autres sites de jeux disponibles en version anglaise uniquement :

D’autres sites de jeux découverts postérieurement à la publication du billet :


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