Analyses et humeurs sur le jeu de société

Journal de bord

#15

Le jeu est généralement défini (à tort !) comme une activité futile et improductive. Une partie de jeux ne générerait rien. Aux yeux de notre société purement comptable sa valeur ajoutée est donc nulle. Du temps perdu !

Le jeu génère pourtant une richesse indéniable. De l’interaction, des compétences, de l’expérience, des émotions et des souvenirs communs…

Mais cette création intangible laisse un goût étrange. Les parties s’enchaînent et s’évanouissent. Que reste-t’il du jeu une fois la boîte rangée ou la manette reposée ?

Pour lutter contre cette volatilité de l’expérience de jeu, certaines joueuses de jeux de société ont pris l’habitude de répertorier les statistiques de leur activité ludique. Les applications dédiées (bgstats) dressent ainsi le bilan en temps réel de l’activité ludique, partie après partie. Dans le jeu vidéo, la plateforme de diffusion (Steam, MyPlaystation) fait elle-même le travail, récapitulant le temps passé, le degré d’avancement et les succès déverrouillés pour chaque jeu entrepris.

Pourquoi cette logique comptable ? N’est-ce-pas quelque part pour satisfaire et surtout rassurer la joueuse ? Grâce à ce suivi, le temps de jeu n’est plus ni perdu ni oublié. La joueuse peut afficher son application statistique des années après et constater, avec un soupir de satisfaction, ce qu’elle a accompli durant ses nombreuses parties de jeux passées. L’activité ludique ne s’évanouit plus : elle s’inscrit durablement, elle est comptabilisée. Le temps ludique n’est plus perdu, il est enregistré ! En accord avec son temps, quantifié et donc valorisé. Réduit en apparence à quelques chiffres. En apparence seulement.


Une réponse à “#15”

  1. laurent dit :

    Choisir ses jeux, y réfléchir en amont -voire en aval- , enregistrer ces données statistiques, les relire, les analyser sont autant d’instants qui restent alors non comptabilisées.
    Mais est-ce important de tout quantifier ?
    A force de regarder nos projections numériques, tout ces quantas, nous en devenons en fait esclave.
    Qu’importe la somme de temps consacrée à quelque chose, seule devrait importer la mémoire que l’on en a.
    Et à l’évidence tout monitorer nous détache in fine de la valeur de l’instant. Pire nous perdons en fait la mémoire. A quoi bon se souvenir si on peut *checker* ses stats sur son smartphone.
    – « oui tu vois nous avons bien fait 4 parties de Scythe les 12, 14 juin, 8 août et 13 septembre 2017… » La belle affaire, il est plus gratifiant de savoir qu’on y a progressé, se souvenir de ces sensations de stress et plaisir ressentis.
    Choses qui, elles, ne seront pas enregistrées dans une quelconque base de données.
    Petit à petit l’homme s’augmente mais l’Humanité s’en appauvrit.

    Même chose dans le sport, à quoi bon tout ces *smart* devices qui analysent nos runs.
    Ce qui compte est ailleurs, dans l’effort, le progrès, la santé, la dopamine, le sentiment de dépassement de soi, et peu importe le volume d’entraînement sur un tableau.

    Tout ceci me rend un peu triste.

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