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Aux sources du jeu

Escape Room et narration : double échappatoire

Échappons nous un instant du jeu sur table pour parler de « la pièce d’où s’échapper ». Ou plutôt, le concept n’ayant pas de dénomination francophone officielle, des « escape rooms ».

La grande évasion

Je ne vous fais pas l’affront de vous rappeler le concept des très-en-vogue escape games : enfermez entre trois et cinq participants dans une pièce, racontez leur une histoire qui les invite à sortir de la pièce en une heure en résolvant des énigmes, laissez mijoter.

Je vous ai quand même rappelé le concept, ne le prenez pas mal.

Le concept fait fureur : les salles éclosent comme des jonquilles au printemps. À Paris, deux ans après la première apparition du phénomène, on ne compte aujourd’hui pas moins d’une vingtaine d’installations pour le double de scenarii différents.

21 Salles à Paris d'après le site wescape.fr

21 Salles à Paris d’après le site wescape.fr

Mais parlons un peu de moi (à trop m’éloigner de mon sujet préféré, je me fane. Comme une jonquille en automne). Amateur de jeux, d’énigmes et d’épreuves de coopération, je me devais de tenter l’expérience. Aujourd’hui (à la mi-septembre 2015), j’ai pratiqué cinq fois l’exercice chez trois organisateurs différents. Sans déflorer l’intrigue de ce billet, je peux déjà vous dire que je suis très amateur du concept. Mais aussi que je suis devenu exigeant et que je suis parfois resté sur ma faim, je vous explique dans un instant.

Thème, décor, énigmes, histoire

Avant de me pencher sur mes exigences personnelles (décidément), un peu de théorie.

L’art de concevoir un escape game est difficile. Il faut gérer la mise en scène et l’animation de la séance, les énigmes et leur imbrication, un niveau de difficulté ni trop dur ni trop facile. Tout cela alors que les profils des joueurs et des équipes (comme leurs attentes) sont très variés.

Mes deux premières expérience d’escape room se sont faits chez Hint&Hunt (scénario « zen ») et X-Dimension (scénario « prison break »). Ce fut à chaque fois plaisant mais un peu frustrant :

  • Les décors, dans les deux cas, sont très soignés mais l’intrigue est paradoxalement peu présente. Le brief initial ne met pas suffisamment dans l’ambiance et, en cours de partie, on perd de vue le fil narratif pour se retrouver devant une série d’énigmes mises bout-à-bout.
  • Certaines énigmes manquent d’originalité ou semblent placées là pour rallonger artificiellement la durée des parties. Je pense en particulier à la grille de sudoku qui trouve une place dans ces deux scenarii et qui est venue à chaque fois casser le rythme de la séance. Je pense aussi à la surabondance de cadenas à clé et à codes dont on ne comprend pas bien le fil conducteur et qui oblige à tester toutes les associations au petit bonheur la chance.

Même si je suis ressorti (ouf !) un peu frustré de ces deux séances, j’ai immédiatement adhéré au concept :

  • La résolution en équipe implique un travail de coopération et de communication en univers hostile et en temps limité qui est riche d’enseignement sur vos coéquipiers et sur vous-même. Ce qui promet des débats et des moqueries longtemps après la sortie de la salle. Et peut aussi entraîner des conflits directs si les personnalités de certains participants ne laissent pas assez de place aux autres. Dans tous les cas, ce sont des souvenirs qui restent.
  • La surveillance continue par un animateur de séance permet d’assurer à toutes les équipes une expérience satisfaisante. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept, l’ensemble du jeu se déroule en effet sous le regard de micros et l’oreille de caméras (parfois l’inverse si c’est bien fait). Pour des raisons de sécurité mais aussi pour aiguiller l’équipe à l’aide d’indices supplémentaires (par l’intermédiaire d’un écran ou d’un talkie-walkie) si le besoin s’en fait sentir et éviter ainsi de laisser les joueurs bloqués une heure devant le premier obstacle. Ce qui serait, il faut bien l’avouer, assez rageant.

Histoire, histoire, histoire

Mes trois dernières tentatives se sont déroulées chez The Game (www.the-game-france.com) et je dois avouer ici mon faible pour leur mise en scène. Je parle ici surtout des deux scenarii « braquage à la française » et « la danseuse » (j’ai plus de réserves pour les « catacombes »).

Chez celles-ci, la narration est pensée globalement et soignée dans ses détails :

  • L’expérience est pensée en amont (dès l’inscription) et en aval du temps passé dans la salle même. Les animateurs se présentent comme faisant partie de l’histoire et l’immersion est renforcée. Le contexte (la présence des joueurs, le dispositif même de la pièce et son lien avec l’extérieur) est intégré à l’histoire
  • Le travail sur les décors est impressionnant (mentions spéciale au scénario « braquage à la française » où j’ai perdu du temps à admirer le tout au lieu de chercher des indices…).
  • Le choix du thème est cohérent avec la mise en scène, ce qui permet d’expliquer pourquoi quelqu’un s’est évertué à créer autant d’obstacles entre vous et la résolution globale.
  • L’avancement du scénario est bien visible et intégré à l’histoire. Le rythme est adapté au thème (trépidant pour le braquage, plus posé pour l’ambiance des 60’s huppés de la danseuse).
  • Des clins d’œil viennent apaiser par moments la pression et permettre de respirer un bon coup.
  • L’animateur sait rester en retrait et ne pas intervenir trop tôt pour donner des indices supplémentaires. En tant qu’amateur du challenge, j’aime autant car je vis chaque aide extérieure comme un camouflet personnel. Non mais !
  • L’accueil en lui-même est sympathique, on vous accompagne pour l’ensemble du temps passé sur place de peur que vous ne vous ennuyiez. Presque trop d’après moi.

Pour ceux qui ont déjà testé quelques escape rooms comme pour ceux qui découvrent le concept, je vous invite donc à essayer celles de The Game (avec un faible pour les scenarii « Braquage à la française » et « La danseuse » donc). Pourquoi ? Pour une narration plus présente tout simplement, la clé est toujours là.

Quant à moi, il ne me reste plus qu’à espérer qu’ils renouvellent les salles maintenant que j’ai pu m’essayer aux trois.

Votre mission si vous l’acceptez

Avant de vous lancer à votre tour dans l’aventure, il faut bien comprendre que les conditions de la séance et le choix de l’équipe de joueurs ont une incidence très forte sur l’expérience de jeu. Sur la réussite ou pas de l’épreuve aussi bien sûr.

Voici donc mes quelques conseils aux apprenti-aventuriers qui seraient tentés de s’y essayer à leur tour :

  • Le nombre, la motivation et surtout l’écoute des participants est primordiale pour une bonne séance. Personnellement, j’ai tendance à trouver qu’on se marche vite sur les pieds et qu’on perd le fil des avancées quand on est trop nombreux. Je conseille donc de s’y essayer à trois personnes voire quatre.
  • La première chose à faire est de fouiller toute la pièce, vraiment toute : retourner tous les objets, démonter tout ce qui est démontable (sans casser bien sûr), déplacer les objets ou éléments.
  • Poser au même endroit tous les indices trouvés. Déplacer par la suite les indices qui ont déjà servi à un autre endroit. On peut aussi y mettre les éléments ou objets sans indice pour y voir plus clair.
  • Pas de scrupule à déranger, on est là pour ça. Les animateurs ont l’habitude et un plan pour tout ranger en 10 minutes montre en main.
  • Dire à haute et intelligible voix les indices qu’on trouve pour les partager avec les autres.
  • Ne pas tous s’arrêter sur une même énigme. Certains peuvent continuer à chercher d’autres indices pendant que d’autres se torturent les méninges.
  • De temps en temps, s’arrêter tous ensemble et faire la liste des indices qui n’ont toujours pas servi. Dur dans l’urgence mais la clé du succès est là.
  • Ne pas paniquer ! La sortie n’est pas loin.

Foncez, c’est à vous !

Ajout du 18 septembre 2015

Pour une expérience encore plus poussée ?

Même si j’y trouve déjà mon compte, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce que pourrait être une escape room qui pousserait encore plus loin le concept (comme le fait déjà le double article cité plus haut). Pour un public de joueurs, un vrai !

  • je ne suis pas favorable à faire jouer (au sens théâtral) un rôle par les joueurs mais ils pourraient déjà se voir octroyer une place légèrement différente les uns les autres dans le scénario.
  • Le roleplay pourrait en revanche être plus exploité par les animateurs eux-même pour renforcer l’immersion. L’arrivée d’indices extérieures gagnerait ainsi à être plus subtilement amenée.
  • Une durée plus important (au moins deux heures) permettrait également de penser des énigmes plus cohérentes entre elles et de créer un rythme différent en favorisant l’analyse et la coopération.
  • La mise en scène d’évènements extérieurs pourrait venir créer des changements de rythmes et entrainait d’autres dynamiques de groupe.

Bien sûr, cela ne semble pas directement compatible avec la rentabilité attendue de tous ces nouveaux lieux qui se créent, avant tout, pour le grand public. Mais un créneau existe que nous verrons peut-être occuper dans les années qui arrivent. J’ai hâte.

Mes recommandations d’escape games sur Paris ?

…sont à lire dans le billet dédié : http://acariatre.net/2016/06/02/mes-recommandations-descape-room-sur-paris/

 

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