Analyses et humeurs sur le jeu de société

Billets d'humeur

Injustice de l’équilibrage

L’équilibrage est la bête noire des joueurs de jeux de gestion. Suspecté par défaut, sans cesse questionné. S’il cède sous les accusations, le jeu est condamné. C’est le cas récent de Tapestry (Jamey Stegmaier, Stonemaier games, 2019).

Mais de quel équilibre s’agit-il et pourquoi suscite-t-il tant de passion ?

À première vue, l’équilibrage est une justice. Celle qui donne les mêmes chances de remporter la victoire à toutes les joueuses. Pas de faction avantagée, pas de carte surpuissante, pas de hasard dans la victoire.

Dans ce cas, un jeu équilibré est un jeu où s’expriment pleinement les compétences de chaque joueuse. Un jeu où la victoire est méritée et non le fruit du hasard.

Conséquence immédiate, dans un jeu équilibré, la joueuse la plus compétente pour ce jeu gagnera systématiquement la partie. En image :

Jeu parfaitement équilibré (toutes les victoires pour la même joueuse)

Prenons le cas inverse et extrême d’un jeu ou la victoire ne dépend que du hasard. Toutes les joueuses lancent un dé et la plus haute valeur l’emporte. En image :

Jeu parfaitement déséquilibré (même nombre de victoires pour chaque joueuse)

Ce jeu aboutirait à l’équilibre parfait des chances ! Un jeu parfaitement équilibré à sa manière, mais pas celle reconnue et souhaitée par les joueuses.

Plutôt que de parler de jeu « équilibré », il me semble donc qu’il faudrait parler de jeu « méritoire ».

Mais quel est ce mérite ludique que la victoire honore ? Si rien n’est laissé au hasard, ce mérite est le fruit de la mise en applications de compétences, par exemples calculatoires, stratégiques, sociales. Compétences acquises préalablement à la partie et inégalement réparties entre les joueuses.

Dit ainsi, un jeu « équilibré » est en réalité à comprendre comme un jeu qui ne déstabilise par le rapport de force extérieures au jeu. Un jeu qui reproduit fidèlement le déséquilibre préexistant. Justice de l’ordre établi. Égalité contre équité.


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