Le sens du détail : l’héritage de Mama et Papa dans Viticulture

Dans cette série de billets, je zoome sur un élément de jeu, en apparence anecdotique mais qui révèle un joli sens du détail.


Cette fois on parle de Viticulture Essential Edition (Jamey Stegmaier et Alan Stone, 2015, Stonemaier Games, localisé en France par Matagot).

Dans ce jeu de placement d’ouvrières, les joueuses incarnent chacune l’exploitante d’un domaine viticole dans la Toscane italienne. Lors de la mise en place, chaque joueuse sélectionne deux bonus de début de partie. La boîte de base en propose 36, tous différents.

Ces bonus sont matérialisés, et c’est bien ce qui nous intéresse ici, par de petites tuiles représentant soit une femme soit un homme. Thématiquement il s’agit en effet des parents du personnage incarné par chaque joueuse : Mama et Papa.

Mama Alaena et Papa Matthew m’ont bien aidé à démarrer dans la vie.

Dans la première version du jeu, sortie deux ans auparavant, toutes les joueuses entamaient le jeu avec les mêmes ressources de départ en mains. Mais dans cette Essential Edition revue et corrigée, les conditions de départ sont différentes pour chacune, apportant plus de variations et de rejouabilité.

Ces conditions de départ auraient pu prendre la forme de tuiles sans explication particulière. Ou encore représenter les moyens personnels de chaque joueuse. Mais non, les auteurs ont intelligemment choisi la thématisation de l’héritage parental et je trouve ça savoureux.

Savoureux parce qu’en personnalisant les parents du personnage de la joueuse, on donne de l’épaisseur à celui-ci, une singularité, un passé. Timide mais bienvenu car dans Viticulture, comme dans beaucoup de jeux de gestion, ce personnage n’est pas lui-même personnalisé et reste invisible sur le matériel.

Savoureux parce que complétement cohérent avec le principe mécanique. Qu’est ce qui explique mieux des conditions de départ différentes dans la vie que ce que nous donnent ou lèguent nos aïeux ?

Encore plus fort, ce thème de l’héritage dédouane par avance les auteurs d’un éventuel déséquilibre des bonus. Après tout, l’héritage est injuste pour les héritiers, c’est ainsi.

On remarquera, cependant, que la règle impose une vision bien réductrice de la famille en obligeant chacun à hériter d’un père et d’une mère. Sans parler de la couleur des tuiles : rose pour Mama, bleu pour Papa… Un mauvais point pour ça.

En revanche, dans la variante avancée proposée par la règle, chaque joueuse peut choisir sa Mama parmi deux cartes piochées et de même pour Papa. Ça c’est progressiste ! Mais ça vient dénaturer le principe thématique de l’héritage. Moralité : on finit toujours par être rattrapé par la soif d’équilibre.

Malgré ces réserves, avoir thématisé les bonus de départ de la sorte est un petit détail… qui fait la différence.


Le matériel de jeu et les extraits de la règle sont la propriété intellectuelle des sociétés d’édition Stonemaier Games et Matagot


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