Dans le cerveau des bonnes joueuses

À chaque tour d’un jeu de gestion, il me faut faire un choix. Un choix épineux. Un choix paralysant. Parmi les très nombreuses options disponibles, laquelle est celle qui me rapproche de la victoire ? Comment comparer toutes ces alternatives qui s’offrent à moi ? Comment identifier l’optimum dans les conditions actuelles du jeu ?

On pourrait résumer un jeu de gestion à un système (complexe) de distribution de points de victoire. Certains choix d’action m’octroient une récompense immédiate ; beaucoup promettent une récompense différée qui va nécessiter le recours à d’autres actions complémentaires. Pour comparer les options entre elles, il me faut parvenir à décortiquer ce système de distribution. Soupeser les axes stratégiques. Mesurer les équilibres et déséquilibres. Identifier les enchainements d’actions bénéfiques. Opter pour les investissements encore rentables et éviter ceux trop chers ou trop lents. Et surveiller mes adversaires, un peu.

Confession : Je ne suis pas très bon à cet exercice. Je perds fréquemment, plus qu’à mon tour.

Les victoires répétées de mes adversaires de jeu m’impressionnent. J’ai parfois le sentiment qu’elles voient quelque chose que je ne parviens pas à cerner. Qu’elles déchiffrent la matrice économique du jeu. Qu’elles lisent l’avenir dans les entrailles de la boouââte velue. Que les choix s’imposent à elles, dans un calcul instinctif. Qu’elles discernent, comme en superposition du matériel de jeu, le chemin le plus court vers la victoire, étape après étape, tour de jeu après tour de jeu. Imparable.

J’en suis incapable. J’ai beau essayer, respirer, calculer, comparer, choisir, tenter de me convaincre. J’atteins beaucoup trop vite les limites de mon entendement. Le volume d’information à traiter écrase mes capacités d’analyse. Rapidement submergé, je renonce et je choisis une action que j’espère, au mieux, pas trop mauvaise.

Je donnerais cher pour être spectateur des rouages qui tournent dans le cerveau des bonnes joueuses. Pour démystifier ce tour de passe-passe. Pour toucher du droit cette compétence qui m’échappe. Pour m’imaginer à mon tour être détenteur de ce pouvoir.

Ou peut-être que rien de tel n’existe ? Que la vérité est beaucoup plus prosaïque. Que leurs compétences s’expriment plus pratiquement et avec effort. Que je me réfugie derrière cette idée d’une faculté sélective pour ne pas affronter mes propres limites. Comment savoir ?


Crédits photos : Super Meeple (https://www.supermeeple.com/nos-jeux/alagloiredodin/)


Une réponse à “Dans le cerveau des bonnes joueuses”

  1. Mike dit :

    J’aime cet article car je suis dans le même cas : je me fais déborder souvent par mes adversaires car j’ai l’impression qu’ils comprennent plus vite que moi.
    C’est le cas sur un nouveau jeu et sur l’appréhension de nouvelles règles. Par contre, une fois que je connais le jeu, je suis beaucoup plus compétitif.
    J’ai demandé autour de moi et j’ai observé beaucoup mes acolytes : leur cerveau fonctionne pour faire le plus de points et pas du beau jeu ^^
    Donc je me pose systématiquement la question à chaque tour : qu’est ce qui me fait gagner le plus de points ?
    Chacun est différent et ne verra pas le jeu de la même façon mais la compét’ change la done.

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