Analyses et humeurs sur le jeu de société


Journal de bord du 5 février 2018

Les règles de jeu sont un frein à l’accessibilité immédiate du jeu de société. Lire les règles, les comprendre demande un effort intellectuel qu’il ne faut pas sous-estimer. Cela fait en effet appel à des capacités de lecture mais aussi d’abstraction et de recomposition de règles éparses en un concept global. C’est un investissement en temps (de cerveau) qui cadre mal avec l’idée qu’on se fait d’un loisir ou d’une détente.

Les tentatives en cours pour lisser cet obstacle sont nombreuses : efforts de rédaction et de présentation des règles, utilisation du matériel comme support du système, tutoriels intégrés, applications numériques d’accompagnement, vidéos bien sûr. Elles sont louables mais ne suffiront jamais à rendre le jeu de société aussi immédiatement accessible qu’un film, un livre ou un jeu vidéo. Le jeu de société, par sa nature même, confiera toujours une part de sa mécanique interne au joueur et une part de son contrôle aux règles du jeu.

La relecture des règles en amont du jeu effraie et rebute une grande partie du public potentiel du jeu de société. Pourtant la pratique continue de se démocratiser. Car le jeu de société, sans doute plus que bien d’autres domaines culturels, s’appuie sur une transmission, un partage entre les connaisseurs/ambassadeurs de la règle et les néophytes. Je n’ai pas de statistiques pour étayer mes dires mais chez les joueurs occasionnels que je côtoie, les jeux acquis sont toujours le fruit d’une découverte en salon, dans un bar à jeux ou chez des amis. Les jeux offerts sans explication dorment en revanche sur leurs étagères, faute d’avoir été transmis.

Si les règles sont un réel obstacle à l’appropriation solitaire d’un jeu, elles encouragent (elles obligent !) dans le même temps le partage de l’expérience ludique. Le « de société » du jeu ne fait donc pas seulement référence à sa pratique mais aussi à son appropriation. Le jeu de société est social jusqu’à dans sa découverte.

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