Contradictions

Publié le 5 avril 2012 dans réflexions

Il y a deux hommes en l’homme.

Le premier est tourné vers le haut, le deuxième vers le bas.

Le premier est orienté vers l’extérieur, le deuxième vers l’intérieur.

Le premier est trait, le deuxième est rond.

Le premier est actif, le deuxième passif.

Le premier pense à de grandes choses, le deuxième voit petit.

Le premier aspire à s’élever, le deuxième veut se réfugier.

Le premier se projette, le deuxième s’enferme.

Le premier craint l’immobilisme, le deuxième le changement.

Le premier est dérive, le deuxième est maîtrise.

Le premier fonce vers la mort, le deuxième tente de rester nouveau né.

Le premier ambitionne les hauteurs, le deuxième se contente des petitesses.

Le premier est violence, le deuxième résistance.

Ces deux hommes font l’homme.


Il y deux êtres incomplets dans l’homme.

Le premier ne parvient jamais au but fixé. Ses ambitions ne sont jamais assouvies. Il subit la frustration.

Le deuxième ne se détache jamais du monde. Il est arrêté aux portes de son refuge. Il reste soumission.

Ces deux être forment la contradiction primaire de l’homme, le moteur de son existence.

Nous appellerons ce premier être le soi-monde et ce deuxième le monde-soi.


Le bonheur est exclusif

Le bonheur ne se cherche pas, il se trouve. Le bonheur ne dure pas, il est simplement la somme de moments d’existence plus « complets » que tous les autres. Le bonheur se vit quand il éclipse le reste.

Celui qui oublie son être résistant monde-soi vit dans le déni de soi. Il incarne l’action pure mais jamais terminée. Une fuite en avant.

Celui qui oublie son être violent soi-monde vit dans le déni du monde. Il incarne la passivité pure mais sans enjeux. Une mort née.

Ces deux états peuvent permettre le bonheur. Un bonheur complet dans sa sphère, exclusif et entier.


La sagesse est orgueilleuse

La sagesse est une tentative de se rendre accessible au bonheur. C’est une approche parmi d’autres et personne ne penserait qu’elle est plus propice qu’autre chose.

La sagesse est avant tout un état d’acceptation, de soi et du monde. L’affirmation assumée d’une contradiction profonde. Contradiction qui écartèle entre la violence et la résistance.

La sagesse refuse ces deux bonheurs pour un autre plus bancal. Celui de mesurer à chaque instant sa contradiction interne. La lutte intestinale entre deux soi asymétriques.

La sagesse est un état d’observation de soi. La sagesse est l’orgueil suprême. Elle veut rire de sa condition contradictoire. Elle est la tentative de bonheur de ceux qui croient se connaître.

Le bonheur accessible par la sagesse est intermédiaire et incomplet.

Art en question

Publié le 3 mars 2012 dans réflexions

- Dis moi, je me demandais : c’est quoi au juste l’art ?

- Facile. L’art c’est ce que créent les artistes.

 Définition : l’art est l’œuvre des artistes.

- Admettons, mais alors qu’est ce qu’un artiste ? ou plutôt qui décide de qui mérite le statut d’artiste ?

- Les experts ! Ils décident de ce qui est art ou ne l’est pas.

 Définition : l’art est une œuvre qui a été désignée comme art par les experts.

- Tu ne fais que reporter la question. Qui donc délivre le statut d’expert à ceux qui élisent l’art ?

- Les experts sont des professionnels, ils tiennent des galeries ou administrent des musées. Les artistes sont ceux qui parviennent y à exposer.

 Définition : l’art est une œuvre qui a gagné le droit d’être exposée.

- Mais donc l’art n’est qu’une catégorie de productions, un simple étiquette que des gens décident ou non d’appliquer ?! Il doit bien exister des critères généraux, non ?

- Oui bien sur, ses experts cherchent quelque chose dans l’art. Un choc esthétique par exemple.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un choc esthétique.

- Par « esthétique », tu entends un critère de beauté ? L’art doit être beau pour être art ? Mais il y a des œuvres qui me fascinent sans que je puisse les qualifier de « belles » au premier sens du terme.

- Pas forcément « belle » en effet mais qui procure des émotions, des sensations, en un mot : qui te touche.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel.

- D’accord mais un paysage naturel peut être époustouflant aussi.

- Certes mais ce paysage n’est pas placé là pour attirer le choc qu’il provoque chez toi. Il n’y a pas de volonté de l’artiste derrière.

- D’accord mais voyons-voir… Une photo d’un cadavre, même ratée, me fait trembler, c’est donc de l’art ?

- Mais non enfin ! Parfois ça peut être de l’art, si l’auteur de la photo a tenté de faire passer une émotion supplémentaire à son simple sujet. Par le cadrage, la lumière, les couleurs. Sinon c’est juste une photo, de l’information.

Définition : l’art est une œuvre conçue par l’artiste pour déclencher un ressenti émotionnel.

- Alors d’après toi, c’est la volonté de l’artiste qui détermine ce qui est de l’art ou n’en est pas. Et si l’artiste est mauvais et que sa volonté ne suffit pas à m’émouvoir ?

- Si le résultat ne déclenche rien chez toi, ce n’est pas de l’art !

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel provoqué par l’artiste.

- Et si ça me laisse indifférent mais que ça bouleverse ma voisine ?

- Tu as de ces question ! Il faut que la majorité des gens soient touchés j’imagine, pour qu’on puisse considérer que c’est de l’art.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel général provoqué par l’artiste.

- Mais si la majorité n’y entend plus rien en terme d’art. Si je suis le dernier amateur vivant sur Terre. Je n’ai plus le droit d’estimer que je me trouve face à de l’art ?

- Tu as de ces idées ! Mais d’accord… Disons que l’art est forcément lié à une impression personnelle. Pas besoin de recourir à l’avis de la majorité pour toucher à l’art.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel provoqué par l’artiste.

- Tout de même, avec ta définition, ça veut dire que l’artiste doit prétendre que c’est de l’art pour que ça le devienne.

- Comment ça ?

- Tu dis qu’il faut une volonté de l’artiste sous-jacente dans l’œuvre pour que ça soit de l’art. Mais cette volonté n’est connue que de l’artiste lui-même. Il faut donc qu’il s’exprime à propos de son œuvre pour en faire de l’art.

- J’imagine que oui. Et c’est bien pourquoi on en revient au fait que l’art est l’objet des artistes. Ceux-ci le savent et revendiquent leur œuvre de cette manière.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel provoqué et revendiqué par l’artiste.

- Poussons le raisonnement plus loin. Si je trouve un tableau mais que l’auteur est mort et que je suis subjugué, c’est de l’art ?

- Bien sûr, et puis un tableau c’est facile. On sait que l’auteur n’avait pas d’autre but que de l’art.

- Oui, le tableau c’est trop facile. Mais si je trouve, je ne sais pas, une structure en fer forgé et que je la trouve sublime. Et si je ne peux pas apprendre de son auteur si cette structure avait un but utilitaire ou artistique ?

- Tu regardes et tu devines. Tu dois bien voir si c’était conçu pour être utilisé ou juste contemplé !

Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel et perçu comme provoqué et revendiqué par un artiste.

- On tient quelque chose avec cette définition. Mais ça m’amène une idée amusante. Si on découvre demain qu’un tableau jusqu’alors accroché dans un musée et qui ravissait les experts et les publics du monde entier était en fait l’œuvre d’un singe, on le décrocherait ?

- Sans doute, ça ferait scandale ! Un singe ne peut pas être un artiste.

- Mais le tableau n’a pas changé. Hier il était de l’art et aujourd’hui il ne serait plus que des traits de peinture sur une toile. Alors que, pour un public non averti de l’auteur, le choc émotionnel est le même !?

- Oui mais hier, on croyait y voir la volonté d’un artiste, son âme si tu préfères. Il y avait conversation entre l’auteur (ou prétendu auteur) et le public. Aujourd’hui on voit la supercherie et le public n’a plus rien à entendre.

- Donc mieux vaudrait ne rien dire et continuer à le présenter comme l’œuvre d’un auteur. Et notre définition tient toujours :

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel et perçu comme provoqué et revendiqué par un (ou plusieurs) artistes.

- Quand même avec une définition comme celle-ci, on voudrait faire croire que l’art n’est qu’une question de perception personnelle. Ça pourrait signifier l’inutilité des musées, des experts, des cotes d’artistes.

- Pas aussi radicalement que tu le dis, les institutions sont utiles pour aiguiller mais elles ne décideront jamais de ce que tu ressens à ta place !

dans aphorismes

Il faut être plusieurs pour vivre mais seul pour se sentir vivant.

dans aphorismes

On ne fait pas son âge. C’est lui qui nous fait….

Réglé.

Publié le 31 août 2008 dans textes

6h45. L’appartement se met en route. Lumière, son et odeur du réveil. Les 4 minutes supplémentaires du vendredi.
6h49. Le lit me met dehors. Je me dirige vers la salle de bain. Par habitude, mes pas s’accordent aux signes lumineux tracés sur le sol. L’un après l’autre.
6h51. Douche intégrale tout-en-un. Cheveux, dents, rasage, savon et rinçage.
6h54. Cuisine. Petit-déjeuner vite ingéré. Une bouchée pour les céréales, une bouchée pour le lait aux fruits (rouges, c’est vendredi).
7h00. Costume et chaussures. Déverrouillage de la porte d’entrée/sortie et émission du plan de route de la journée. Un coup d’oeil exhaustif. J’ai rendez-vous en fin d’après-midi à l’Instance de Régulation. Quelques semaines trop tôt…
7h05. Couloir, ascenseur, escalator, quai, navette. Croiser Arthur H. et le saluer. Comment vont Jeanne et Mathieu ? Activités prévues pour le Week-end ? A plus tard. Navette, quai, escalator, ascenseur, couloir, standard, bonjour Martine. Bureau, bonjour à tous, je prend mon siège.
7h12. 14 dossiers à traiter. Je fais les vérifications d’usage. 1 dossier sur 30 signalé comme incident. Quota représentatif d’une activité assidue. Sanction disciplinaire maintenue à l’écart.
9h44. Pause « ressources » générale. Salutations. Intérêts personnels et interrogations intimes. Je converse avec mes voisins directs. Prise de recul sur nos activités. Opinions diverses et contradictoires, échanges. Reprise du travail.
11h52. Fin de la matinée. Je reprends la navette vers la cellule familiale. Prise de repas en commun, prise de nouvelles, prise de rendez-vous futurs. Retrouvailles qualifiées de chaleureuses. Les souvenirs sont partagés, digérés et sublimés.
13h22. Partage des connaissances intergénérationnel. Je me rends à l’école élémentaire et retrouve mon groupe de travail. 8 enfants avides de connaître et de comprendre. Atelier « comptabilité du ménage ».
14h58. Activités dites ouvertes. Groupe de parole ouverte. Animateur ouvert à la discussion. Participants ouverts aux échanges. Je suis écouté et j’écoute. Je me construis et j’aide à se construire.
16h02. Prise de congés. Navette. Locaux administratifs, standard, secrétaire, ascenseur, 15ème étage, pétale rouge, allée Picasso, bureau 12. Je patiente.
16h18. Réception par l’employé(e). Visite de routine, soit-disant de routine, réellement de routine. Les indicateurs (mes indicateurs) stagnent. Pas d’alerte. Vigilance. Rendez-vous pris dans 38 jours.
17h02. Trafic des navettes interrompu pour la pause hebdomadaire. Invitation à rentrer en marchant. Soleil, végétation et chants d’oiseaux exotiques. La douce musique me remplit d’aise et d’air frais. Sourires mutuels de la foule.
17h43. De retour chez moi. Décrassage. Je m’installe pour la soirée. Bulletin de nouvelles puis programme ludique.
19h12. Repas.
20h02. Extinction des feux. Je passe à la chambre.
20h08. Bilan quotidien déclamé par l’appartement :

  • Bilan social : 78/100 : activité de formation menée à bien ;
  • Bilan professionnel : 82/100 : indicateurs au vert, supérieurs satisifaits ;
  • Bilan de sociabilité : 38/100 : 2 rencontres évitées, 1 abrégée ;
  • Bilan personnel : 53/100 : perte de volonté, sujet en observation ;
  • Commentaire général : « ne tardez plus pour vous reprendre en main, tout est là pour faire de vous un être accompli ».

2h12. Nuit, fondu au noir.

dans aphorismes

Qu’on me trouve au plus vite le linguiste farceur qui ne fit s’éloigner le monceau de brindilles du morceau de bois que d’une seule branche……

dans aphorismes

J’ai le souvenir ému d’un vieil oncle qui répétait constamment « Mais où va-t’on ? Mais où va-t’on ? » et qui finit pourtant lui aussi par s’y rendre….

dans aphorismes

Troisième réunion téléphonique que j’esquive cette semaine. Elle se tient si loin et le fil est si court…

dans aphorismes

Son passé le rattrapant fit fuir un bel avenir…

dans aphorismes

2 L pour l’hirondelle, 4 pour la libellule. L’oie blessée n’en a qu’une.