Analyses et humeurs sur le jeu de société


Journal de bord du 31 mai 2018

La partie de jeu est volatile. Une fois terminée, le jeu retourne bien sagement dans sa boîte comme si rien ne s’était réellement passé. Que reste-t-il du jeu une fois la boîte rangée ?

Cette perte de mémoire ludique n’est pas une fatalité. Certains succès récents des jeux de société luttent activement contre cet oubli :

  • Des jeux proposent désormais, en marge des fiches de score, des succès à débloquer comme dans les jeux vidéo (exemple de Scythe ou de Magic Maze). Partie après partie, les joueurs dressent la liste de leurs accomplissements.
  • Les jeux où l’ont crayonne (les roll & write, CAPcolor) ont le vent en poupe. Le carnet de score ou le cahier de jeux se remplissent une partie après l’autre.
  • Les jeux dits « Legacy » exposent leurs cicatrices et le récit unique de leur campagne. Le nom « Legacy » revendique les traces que le jeu laisse derrière lui.

Ironiquement, c’est quand le jeu objet devient jetable, que l’expérience devient plus riche et s’inscrit durablement dans le temps.

Les jeux jouables une seule fois proposent une expérience singulière parce qu’unique. Ceux qui font le pari d’une action du joueur sur le matériel vont plus loin ! En écrivant sur le plateau ou en détruisant les cartes, le joueur participe tangiblement et durablement à l’action ludique. Le matériel devient le témoignage des parties jouées, œuvre collective des auteurs et des joueurs. Les souvenirs du jeu sont plus vifs et le matériel en est la preuve définitive. Combien de joueurs mettront réellement leur exemplaire de Pandemic Legacy, d’Exit ou de CAPcolor à la poubelle une fois terminés ?

Contrairement à un jeu de société classique, jouable à l’envie, les jeux « jetables » ont une fin. Une fois menés à leur terme et rangés dans l’étagère, le joueur peut enfin se reposer, satisfait d’avoir accompli sa mission, heureux d’avoir marqué le jeu de son empreinte.

Les jeux jetables répondent ainsi à une double injonction de notre société moderne. Le temps passé à y jouer n’est plus vain. Il est un accomplissement et s’éloigne donc de la futilité apparente d’un jeu toujours rejoué et jamais terminé. Il est comptabilisé et valorisé par sa destruction même. Il laisse bien vite sa place à d’autres expériences, prête à être à leur tour consommées. Apportez la suite, pas de temps à perdre !

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