Ma vie, mon oeuvre

Publié le 5 juillet 2013 dans textes

Depuis son hublot, Allan contemple l’atterrissage de la navette avec satisfaction.

Ces vacances s’annoncent sous les meilleurs auspices. Cette planète semble aussi accueillante que prévue. Elle est couverte d’eau sur la majeure partie de sa surface, et ponctuée de-ci de-là de petites îles paradisiaques. Aucune tache sombre n’est visible ; aucun d’indice potentiel d’une agglomération ou d’un complexe industriel.

D’après les brochures, les habitants de cette planète ont un sens de l’esthétique très développé et encouragent le beau sous toutes ses formes. C’est d’ailleurs cela qui a encouragé Allan dans le choix de sa destination. Lui qui se considère comme un artiste incompris, espère trouver ici des gens au goût sûr et qui le comprendront.

La navette amorce une dernière manœuvre et se pose lentement sur le spatioport. Allan se saisit de son sac et s’approche de la sortie. Après un dernier au revoir à l’équipage il s’engage résolument vers l’extérieur.

Là il s’arrête ébahi. Le décor planté devant lui est d’une splendeur sans pareille : un chatoiement de couleurs et de formes divinement agencées. Une véritable merveille pour les yeux que les pâles photographies de la brochure ne laissaient pas soupçonner.

Une jeune femme qui semble parfaitement à sa place dans la beauté du décor s’avance vers Allan :

— Bonjour, je m’appelle Anita, je vous servirai de guide durant votre séjour.

Allan, encore sous le choc, la suit lentement vers un petit véhicule garé là. Anita démarre aussitôt. Le véhicule glisse sans bruit.

— Vous savez, vous êtes l’un de nos premiers touristes. La Confédération vient seulement de nous donner l’autorisation d’accueillir les étrangers. Cela fait tout juste quinze ans que vous nous avez découverts. J’espère que vous vous plairez ici.

— J’en suis sûr !

Le véhicule les conduit jusqu’à un petit patio caché au milieu d’une palmeraie.

- C’est ici que vous logerez durant votre séjour. Vous ne trouverez sûrement pas tout votre confort habituel car nous manquons encore cruellement de crédits. Mais si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi.

Allan descend du véhicule. Cet endroit enchanteur le fascine.

— Je reviendrai vous chercher tout à l’heure. Installez-vous à votre aise.


Deux heures plus tard, Allan se détend sur le hamac. Le temps est magnifique, le silence presque complet, ponctué parfois de quelques cris d’oiseaux. Alan expire lentement. Cette planète, cette ambiance ont sur lui un effet très bénéfique. Jamais il n’a encore ressenti cette plénitude, ce sentiment unique d’être à sa place. Si les lois sur l’immigration n’étaient pas si dures à l’intérieur de la Confédération il finirait volontiers sa vie ici.

Un petit klaxon discret tinte.

— C’est l’heure de commencer votre visite, s’exclame joyeusement Anita.

Allan s’extirpe donc de son hamac et la rejoint vivement, avide des prochaines découvertes de cette planète miraculeuse.

Durant toute l’après-midi, Anita et Allan parcourent la région en tous sens. Partout ce n’est que ravissement pour les sens. A chaque fois, seule la perspective d‘autres merveilles à venir peut l’arracher à ses contemplations.

A la fin de la journée Anita reconduit Allan à son logement. Au moment où elle s’éloigne, il lui pose timidement la question qui l’a intrigué toute la journée :

— Je ne veux pas paraître trop curieux. Mais durant le voyage j’ai aperçu plusieurs petites constructions sphériques. Pourtant vous n’en avez jamais fait mention durant vos explications. A quoi servent-elles ?

— Je ne vous en ai pas parlé pour mieux attiser votre curiosité. Ces petites constructions, comme vous dites, sont ce que nous avons de plus cher. Nous en sommes très fiers. Je vous y emmènerai dès demain.

Avec un dernier sourire malicieux, Anita s ‘éloigne laissant Allan perplexe. En considération des beautés vues aujourd’hui, ces drôles d’igloos doivent êtres extraordinaires.


Sur le chemin Anita explique :

— Pour notre Civilisation, pas de dieux comme pour vous mais un seul amour du Beau. Dans nos croyances, le monde est l’œuvre d’un artiste grandiose et nous tous devons continuer sa tâche et révéler toujours plus la Beauté cachée dans chaque chose.

— Et les petites constructions alors ?

— Ne vous impatientez pas, j’y arrive. Nos traditions disent aussi que chacun de nous doit durant sa vie ériger son propre monde, comme un reflet parfait de son existence. C’est la raison de la présence de ses sphères. Chacune est l’œuvre de l’un d’entre nous qui y consacre une grande partie de sa vie. Tous les arts y sont utilisés et le résultat met en scène notre expérience personnelle.

— Vous aussi possédez une de ses sphères ?

— Bien sûr ! D’ailleurs je vous y emmène.

Le petit véhicule parvient bientôt au milieu d’une plaine couverte de fleurs. Ci et là de petits dômes crèvent la nappe florale.

— Le mien est ici.

Vues de plus près, les petites constructions se révèlent être de petites sphères d’environ dix mètres de diamètre à moitié enfoncées dans le sol. Elles présentent donc l’aspect extérieur d’un igloo. Celui d’Anita est d’un discret jaune pâle.

— La couleur de ma famille. L’entrée est là.

Alla suit impatiemment la jeune femme. En entrant, il ne retient pas un cri de stupeur.

Ce lieu est encore plus magnifique que tout ce qu’il a vu jusqu’alors. Partout sur les murs des fresques, des bas-reliefs, des compositions abstraites racontent la vie d’Anita.

- J’ai commencé mon monde il y a dix-neuf ans. Depuis je passe ici quatre heures par jour. Si peu car je suis encore jeune et soumises à d’autres obligations. Mais plus vieille j’y resterai pratiquement cloîtrée. Asseyez-vous : je vais vous raconter ma vie jusqu’à aujourd’hui.

Anita entame alors un long discours. Chaque détail du globe met en scène un évènement de son existence. Chaque jour elle témoigne ici de sa Vie et de la Beauté des choses…


Allan a mûrement réfléchi. Dès qu’Anita se présente à son domicile, il lui pose la question qu’il a ressassée toute la nuit :

— Croyez-vous que je pourrai m‘ installer ici, sur votre planète ?

Anita l’observe silencieusement avant de répondre.

— Je pense que oui. Ces quelques jours passés en votre compagnie m’ont montré que votre sens du Beau était considérablement développé pour un citoyen de la Confédération, presque autant que le nôtre. Si j’appuie votre demande d’emménagement, le Conseil ne devrait pas lever d’objections.

- Alors je reste !


Un mois plus tard la situation est régularisée. Le Conseil et les services d’immigration ont accepté sans grande difficulté.

— Puis-je avoir ma sphère? demande Allan à Anita, aussitôt la cérémonie de Citoyenneté achevée.

— Elle sera livrée chez vous tout à l’heure.


Avec ravissement Allan regarde les deux ouvriers installer sa sphère. Déjà il sent comme un lien unique entre lui et son Monde. Pas un instant il ne regrette d’avoir abandonné sa vie précédente.


Depuis bientôt deux ans, Allan travaille à sa sphère. Chaque détail est pensé, soupesé. Le moindre défaut, est inexorablement chassé. Sur cette planète vouée à l’esthétisme, le génie artistique d’Allan est enfin pleinement révélé. Sa sphère est une vraie réussite. Anita en convient facilement :

— Même chez nos plus grands artistes j’en ai peu vu d’aussi abouties.


Ce soir Allan est fier d’annoncer à Anita :

— J’ai presque terminé.

— Vraiment ? C’est merveilleux ! Tu mérites définitivement ta place ici.

Allan est aux anges. Il lui tarde de montrer le résultat de son travail.

— Viens : tu seras la première à la voir finie. Suis-moi.

Allan la conduit jusqu’à sa sphère et lui ouvre la porte cérémonieusement.

— Voilà.

— C’est… magnifique… vraiment ! Absolument extraordinaire ! L’œuvre de ta vie…

— N’est-ce-pas ? Se rengorge Allan.

— Tu la considère donc comme finie ?

— Oui. Pas toi ?

— Si mais c’est à toi d’en décider.

— Alors oui. Elle est entièrement finie, je n’ai rien ni à ajouter, ni à enlever.

Tandis qu’Anita retourne à l’extérieur, Allan contemple son œuvre. Il a du mal à y croire. Grâce à cette planète et à son atmosphère si singulière, son talent a germé pour de bon. Même le public local, habitué aux merveilles, devra en convenir.


Mais allant pour sortir Allan s’aperçoit qu’Anita a refermé la porte derrière elle, emportant la clé.

- Pourquoi a-t-elle donc fait une chose pareille ? Quelle mauvaise plaisanterie !

Mais les heures passent et Allan a beau s’égosiller, ni Anita ni personne ne vient le délivrer.

Abattu, Allan s’allonge au milieu de la sphère et attend patiemment que la mort le prenne, les yeux ouverts sur l’œuvre de sa vie, enfin réellement terminée.

Contradictions

Publié le 5 avril 2012 dans réflexions

Il y a deux hommes en l’homme.

Le premier est tourné vers le haut, le deuxième vers le bas.

Le premier est orienté vers l’extérieur, le deuxième vers l’intérieur.

Le premier est trait, le deuxième est rond.

Le premier est actif, le deuxième passif.

Le premier pense à de grandes choses, le deuxième voit petit.

Le premier aspire à s’élever, le deuxième veut se réfugier.

Le premier se projette, le deuxième s’enferme.

Le premier craint l’immobilisme, le deuxième le changement.

Le premier est dérive, le deuxième est maîtrise.

Le premier fonce vers la mort, le deuxième tente de rester nouveau né.

Le premier ambitionne les hauteurs, le deuxième se contente des petitesses.

Le premier est violence, le deuxième résistance.

Ces deux hommes font l’homme.


Il y deux êtres incomplets dans l’homme.

Le premier ne parvient jamais au but fixé. Ses ambitions ne sont jamais assouvies. Il subit la frustration.

Le deuxième ne se détache jamais du monde. Il est arrêté aux portes de son refuge. Il reste soumission.

Ces deux être forment la contradiction primaire de l’homme, le moteur de son existence.

Nous appellerons ce premier être le soi-monde et ce deuxième le monde-soi.


Le bonheur est exclusif

Le bonheur ne se cherche pas, il se trouve. Le bonheur ne dure pas, il est simplement la somme de moments d’existence plus « complets » que tous les autres. Le bonheur se vit quand il éclipse le reste.

Celui qui oublie son être résistant monde-soi vit dans le déni de soi. Il incarne l’action pure mais jamais terminée. Une fuite en avant.

Celui qui oublie son être violent soi-monde vit dans le déni du monde. Il incarne la passivité pure mais sans enjeux. Une mort née.

Ces deux états peuvent permettre le bonheur. Un bonheur complet dans sa sphère, exclusif et entier.


La sagesse est orgueilleuse

La sagesse est une tentative de se rendre accessible au bonheur. C’est une approche parmi d’autres et personne ne penserait qu’elle est plus propice qu’autre chose.

La sagesse est avant tout un état d’acceptation, de soi et du monde. L’affirmation assumée d’une contradiction profonde. Contradiction qui écartèle entre la violence et la résistance.

La sagesse refuse ces deux bonheurs pour un autre plus bancal. Celui de mesurer à chaque instant sa contradiction interne. La lutte intestinale entre deux soi asymétriques.

La sagesse est un état d’observation de soi. La sagesse est l’orgueil suprême. Elle veut rire de sa condition contradictoire. Elle est la tentative de bonheur de ceux qui croient se connaître.

Le bonheur accessible par la sagesse est intermédiaire et incomplet.

Art en question

Publié le 3 mars 2012 dans réflexions

- Dis moi, je me demandais : c’est quoi au juste l’art ?

- Facile. L’art c’est ce que créent les artistes.

 Définition : l’art est l’œuvre des artistes.

- Admettons, mais alors qu’est ce qu’un artiste ? ou plutôt qui décide de qui mérite le statut d’artiste ?

- Les experts ! Ils décident de ce qui est art ou ne l’est pas.

 Définition : l’art est une œuvre qui a été désignée comme art par les experts.

- Tu ne fais que reporter la question. Qui donc délivre le statut d’expert à ceux qui élisent l’art ?

- Les experts sont des professionnels, ils tiennent des galeries ou administrent des musées. Les artistes sont ceux qui parviennent y à exposer.

 Définition : l’art est une œuvre qui a gagné le droit d’être exposée.

- Mais donc l’art n’est qu’une catégorie de productions, un simple étiquette que des gens décident ou non d’appliquer ?! Il doit bien exister des critères généraux, non ?

- Oui bien sur, ses experts cherchent quelque chose dans l’art. Un choc esthétique par exemple.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un choc esthétique.

- Par « esthétique », tu entends un critère de beauté ? L’art doit être beau pour être art ? Mais il y a des œuvres qui me fascinent sans que je puisse les qualifier de « belles » au premier sens du terme.

- Pas forcément « belle » en effet mais qui procure des émotions, des sensations, en un mot : qui te touche.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel.

- D’accord mais un paysage naturel peut être époustouflant aussi.

- Certes mais ce paysage n’est pas placé là pour attirer le choc qu’il provoque chez toi. Il n’y a pas de volonté de l’artiste derrière.

- D’accord mais voyons-voir… Une photo d’un cadavre, même ratée, me fait trembler, c’est donc de l’art ?

- Mais non enfin ! Parfois ça peut être de l’art, si l’auteur de la photo a tenté de faire passer une émotion supplémentaire à son simple sujet. Par le cadrage, la lumière, les couleurs. Sinon c’est juste une photo, de l’information.

Définition : l’art est une œuvre conçue par l’artiste pour déclencher un ressenti émotionnel.

- Alors d’après toi, c’est la volonté de l’artiste qui détermine ce qui est de l’art ou n’en est pas. Et si l’artiste est mauvais et que sa volonté ne suffit pas à m’émouvoir ?

- Si le résultat ne déclenche rien chez toi, ce n’est pas de l’art !

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel provoqué par l’artiste.

- Et si ça me laisse indifférent mais que ça bouleverse ma voisine ?

- Tu as de ces question ! Il faut que la majorité des gens soient touchés j’imagine, pour qu’on puisse considérer que c’est de l’art.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel général provoqué par l’artiste.

- Mais si la majorité n’y entend plus rien en terme d’art. Si je suis le dernier amateur vivant sur Terre. Je n’ai plus le droit d’estimer que je me trouve face à de l’art ?

- Tu as de ces idées ! Mais d’accord… Disons que l’art est forcément lié à une impression personnelle. Pas besoin de recourir à l’avis de la majorité pour toucher à l’art.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel provoqué par l’artiste.

- Tout de même, avec ta définition, ça veut dire que l’artiste doit prétendre que c’est de l’art pour que ça le devienne.

- Comment ça ?

- Tu dis qu’il faut une volonté de l’artiste sous-jacente dans l’œuvre pour que ça soit de l’art. Mais cette volonté n’est connue que de l’artiste lui-même. Il faut donc qu’il s’exprime à propos de son œuvre pour en faire de l’art.

- J’imagine que oui. Et c’est bien pourquoi on en revient au fait que l’art est l’objet des artistes. Ceux-ci le savent et revendiquent leur œuvre de cette manière.

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel provoqué et revendiqué par l’artiste.

- Poussons le raisonnement plus loin. Si je trouve un tableau mais que l’auteur est mort et que je suis subjugué, c’est de l’art ?

- Bien sûr, et puis un tableau c’est facile. On sait que l’auteur n’avait pas d’autre but que de l’art.

- Oui, le tableau c’est trop facile. Mais si je trouve, je ne sais pas, une structure en fer forgé et que je la trouve sublime. Et si je ne peux pas apprendre de son auteur si cette structure avait un but utilitaire ou artistique ?

- Tu regardes et tu devines. Tu dois bien voir si c’était conçu pour être utilisé ou juste contemplé !

Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel et perçu comme provoqué et revendiqué par un artiste.

- On tient quelque chose avec cette définition. Mais ça m’amène une idée amusante. Si on découvre demain qu’un tableau jusqu’alors accroché dans un musée et qui ravissait les experts et les publics du monde entier était en fait l’œuvre d’un singe, on le décrocherait ?

- Sans doute, ça ferait scandale ! Un singe ne peut pas être un artiste.

- Mais le tableau n’a pas changé. Hier il était de l’art et aujourd’hui il ne serait plus que des traits de peinture sur une toile. Alors que, pour un public non averti de l’auteur, le choc émotionnel est le même !?

- Oui mais hier, on croyait y voir la volonté d’un artiste, son âme si tu préfères. Il y avait conversation entre l’auteur (ou prétendu auteur) et le public. Aujourd’hui on voit la supercherie et le public n’a plus rien à entendre.

- Donc mieux vaudrait ne rien dire et continuer à le présenter comme l’œuvre d’un auteur. Et notre définition tient toujours :

 Définition : l’art est une œuvre qui déclenche un ressenti émotionnel personnel et perçu comme provoqué et revendiqué par un (ou plusieurs) artistes.

- Quand même avec une définition comme celle-ci, on voudrait faire croire que l’art n’est qu’une question de perception personnelle. Ça pourrait signifier l’inutilité des musées, des experts, des cotes d’artistes.

- Pas aussi radicalement que tu le dis, les institutions sont utiles pour aiguiller mais elles ne décideront jamais de ce que tu ressens à ta place !

dans aphorismes

Il faut être plusieurs pour vivre mais seul pour se sentir vivant.

dans aphorismes

On ne fait pas son âge. C’est lui qui nous fait….

Réglé.

Publié le 31 août 2008 dans textes

6h45. L’appartement se met en route. Lumière, son et odeur du réveil. Les 4 minutes supplémentaires du vendredi.
6h49. Le lit me met dehors. Je me dirige vers la salle de bain. Par habitude, mes pas s’accordent aux signes lumineux tracés sur le sol. L’un après l’autre.
6h51. Douche intégrale tout-en-un. Cheveux, dents, rasage, savon et rinçage.
6h54. Cuisine. Petit-déjeuner vite ingéré. Une bouchée pour les céréales, une bouchée pour le lait aux fruits (rouges, c’est vendredi).
7h00. Costume et chaussures. Déverrouillage de la porte d’entrée/sortie et émission du plan de route de la journée. Un coup d’oeil exhaustif. J’ai rendez-vous en fin d’après-midi à l’Instance de Régulation. Quelques semaines trop tôt…
7h05. Couloir, ascenseur, escalator, quai, navette. Croiser Arthur H. et le saluer. Comment vont Jeanne et Mathieu ? Activités prévues pour le Week-end ? A plus tard. Navette, quai, escalator, ascenseur, couloir, standard, bonjour Martine. Bureau, bonjour à tous, je prend mon siège.
7h12. 14 dossiers à traiter. Je fais les vérifications d’usage. 1 dossier sur 30 signalé comme incident. Quota représentatif d’une activité assidue. Sanction disciplinaire maintenue à l’écart.
9h44. Pause « ressources » générale. Salutations. Intérêts personnels et interrogations intimes. Je converse avec mes voisins directs. Prise de recul sur nos activités. Opinions diverses et contradictoires, échanges. Reprise du travail.
11h52. Fin de la matinée. Je reprends la navette vers la cellule familiale. Prise de repas en commun, prise de nouvelles, prise de rendez-vous futurs. Retrouvailles qualifiées de chaleureuses. Les souvenirs sont partagés, digérés et sublimés.
13h22. Partage des connaissances intergénérationnel. Je me rends à l’école élémentaire et retrouve mon groupe de travail. 8 enfants avides de connaître et de comprendre. Atelier « comptabilité du ménage ».
14h58. Activités dites ouvertes. Groupe de parole ouverte. Animateur ouvert à la discussion. Participants ouverts aux échanges. Je suis écouté et j’écoute. Je me construis et j’aide à se construire.
16h02. Prise de congés. Navette. Locaux administratifs, standard, secrétaire, ascenseur, 15ème étage, pétale rouge, allée Picasso, bureau 12. Je patiente.
16h18. Réception par l’employé(e). Visite de routine, soit-disant de routine, réellement de routine. Les indicateurs (mes indicateurs) stagnent. Pas d’alerte. Vigilance. Rendez-vous pris dans 38 jours.
17h02. Trafic des navettes interrompu pour la pause hebdomadaire. Invitation à rentrer en marchant. Soleil, végétation et chants d’oiseaux exotiques. La douce musique me remplit d’aise et d’air frais. Sourires mutuels de la foule.
17h43. De retour chez moi. Décrassage. Je m’installe pour la soirée. Bulletin de nouvelles puis programme ludique.
19h12. Repas.
20h02. Extinction des feux. Je passe à la chambre.
20h08. Bilan quotidien déclamé par l’appartement :

  • Bilan social : 78/100 : activité de formation menée à bien ;
  • Bilan professionnel : 82/100 : indicateurs au vert, supérieurs satisifaits ;
  • Bilan de sociabilité : 38/100 : 2 rencontres évitées, 1 abrégée ;
  • Bilan personnel : 53/100 : perte de volonté, sujet en observation ;
  • Commentaire général : « ne tardez plus pour vous reprendre en main, tout est là pour faire de vous un être accompli ».

2h12. Nuit, fondu au noir.

dans aphorismes

Qu’on me trouve au plus vite le linguiste farceur qui ne fit s’éloigner le monceau de brindilles du morceau de bois que d’une seule branche……

dans aphorismes

J’ai le souvenir ému d’un vieil oncle qui répétait constamment « Mais où va-t’on ? Mais où va-t’on ? » et qui finit pourtant lui aussi par s’y rendre….

dans aphorismes

Troisième réunion téléphonique que j’esquive cette semaine. Elle se tient si loin et le fil est si court…

dans aphorismes

Son passé le rattrapant fit fuir un bel avenir…